Chine : les chrétiens confrontés à la pire repression depuis la revolution culturelle

Atlantico : L’apparent réchauffement des relations entre le Vatican et Pékin semble cacher une vraie persécution. L’association Open Doors parle de la pire persécution des Chrétiens depuis la Révolution culturelle. Comment l’expliquer ?
Barthélémy Courmont : Le fait est que les chrétiens ne furent pas particulièrement persécutés depuis la Révolution culturelle en Chine, en tout cas en comparaison avec cette période. Donc ce constat est à relativiser. La chrétienté se développe à grande vitesse en Chine, au point que certaines prévisions tablent sur le fait que la Chine deviendra à terme le premier pays chrétien au monde. Cette évolution peut susciter des craintes auprès du pouvoir central, et un renforcement du contrôle de l’Eglise. C’est aussi pour cette raison que Vatican, qui n’entretient pas de relations diplomatiques avec Pékin, a engagé un dialogue. Cela ne signifie pas que le Saint Siège va rompre ses liens avec Taïwan (il est le dernier État européen en ce sens) mais que le développement de la chrétienté en Chine est suivi de près. Avec des questions telles que la formation des prêtres, la liberté de culte, ou encore le lien entre religion et politique.
Comment expliquer cette hostilité du pouvoir aux Chrétiens – au-delà même de la simple distinction Eglise officielle/Eglise souterraine telle qu’elle existait jusqu’ici ?
Depuis deux décennies, la Chine est engagée dans une reconstruction mémorielle, qui passe notamment par la réappropriation de toutes les périodes de l’histoire de la Chine et toutes les caractéristiques de la civilisation chinoise. Mais la chrétienté n’appartient pas au monde chinois, aussi elle reste vue avec une certaine méfiance. Quand on sait que l’occidentalisation est souvent présentée comme un danger, et quand on relève que la chrétienté progresse rapidement, on peut prendre la mesure de cette méfiance. Ajoutez à cela la trajectoire de la Chine depuis soixante-dix ans, qui a cultivé une diabolisation des pratiques religieuses, que la levée de l’interdiction des religions de 1986 n’a pas profondément modifié. Il y a ainsi aujourd’hui un décalage entre un nombre grandissant de Chinois qui se tournent vers la religion, et la chrétienté en particulier, et un pouvoir central qui continue de mettre en avant un athéisme d’Etat.
Faut-il s’attendre à ce que l’Eglise de Chine se rapproche d’un mode d’existence de plus en plus souterrain, comparable à celui qui existerait en Corée du Nord par exemple ?
Il y aura sans aucun doute des églises souterraines qui vont se développer, comme elles l’ont toujours fait, en particulier si le réchauffement des relations avec Vatican trouve ses limites. Mais la tendance la plus probable est celle d’une tentative de contrôle accru de l’Etat-parti sur la religion. C’est là tout le sens de la relation qui se met lentement en place avec Vatican, et doit précisément veiller à éviter de telles dérives.

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